L'hypoparathyroïdie au laboratoire : diagnostic, suivi et traitement
Le diagnostic de l'hypoparathyroïdie est biologique. Le laboratoire est au cœur de sa confirmation, de la recherche de causes curables et du suivi du traitement.
Confirmer le diagnostic d'hypoparathyroïdie
Le diagnostic d'hypoparathyroïdie repose sur un faisceau d'arguments biologiques concordants :
- Calcémie à jeun basse (< 2,20 mmol/l ou < 88 mg/l), quel que soit l'âge ;
- PTH circulante basse (voire indosable) ou anormalement « normale » pour une calcémie basse ;
- Phosphatémie à jeun le plus souvent normale haute ou augmentée ;
- Calciurie à jeun basse (en l'absence de traitement) ;
- Magnésémie : à mesurer pour dépister une cause curable.
La calcémie doit toujours être confrontée à la protidémie (ou l'albuminémie) concomitante. Dans de nombreuses circonstances pathologiques, il peut exister des hypocalcémies transitoires, essentiellement liées à une hypoprotidémie. Dans ce cas, la mesure du calcium ionisé (plus de 50 % du calcium circulant total) apporte un argument complémentaire : il représente la forme « active » du calcium, régulée par la sécrétion de PTH, et il est diminué lorsque la concentration est < 1,15 mmol/l (47 mg/l). Sa mesure nécessite toutefois des conditions pré-analytiques très strictes (échantillon maintenu en anaérobie, prélèvement sans garrot, acheminement dans la glace dans les minutes suivant le prélèvement) qui ne permettent pas de la retenir en routine de ville. En l'absence d'hypoprotidémie, la calcémie totale est fiable ; il ne faut pas utiliser la calcémie corrigée, faussée par la formule de calcul. Le calcium ionisé peut être mesuré dans le plasma.
La PTH circulante est soit basse (voire indosable), en particulier chez l'enfant ou dans les hypoparathyroïdies totales, soit dans l'intervalle de normalité, en particulier chez l'adulte et dans les formes partielles. Elle doit être mesurée de façon concomitante à la calcémie (basse au même moment) pour retenir le diagnostic. Plusieurs kits de dosage existent : selon le fabricant, les valeurs peuvent être très différentes — il faut donc toujours se référer aux normes du laboratoire qui réalise la mesure, adaptées à la technique utilisée.
La phosphatémie à jeun est le plus souvent normale haute ou augmentée ; chez l'enfant et l'adolescent, elle s'interprète en fonction de l'âge. En l'absence de traitement, la calciurie à jeun est basse, adaptée à l'hypocalcémie (chez l'enfant, on peut raisonner sur la calciurie non à jeun) ; une calciurie conservée peut orienter vers des mutations activatrices du CaSR ou de sa voie de signalisation.
La magnésémie permet de mettre en évidence une cause curable : corriger une hypomagnésémie peut guérir une hypoparathyroïdie fonctionnelle (les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent induire des hypomagnésémies curables d'origine digestive). À noter, l'hypoparathyroïdie peut elle-même être à l'origine d'une excrétion urinaire accrue de magnésium : la correction de la magnésémie ne permet alors pas de la guérir.
Quel bilan biologique selon la situation clinique ?
Devant toute hypocalcémie, des explorations complémentaires sont indispensables ; le bilan minimum dépend de la situation :
- Adulte asymptomatique (ou symptomatique dont le traitement peut attendre les prélèvements) : calcémie, phosphatémie, magnésémie et PTH à jeun ; 25(OH)-vitamine D ; calciurie et créatininurie sur recueil des urines de 24 h, en l'absence de traitement.
- Adulte symptomatique (traitement à mettre en œuvre rapidement) : calcémie, phosphatémie, magnésémie, PTH, 25(OH)-vitamine D, calciurie et créatininurie sur échantillon. La calciurie des 24 h aidera à l'adaptation du traitement.
- Enfant : les examens ne doivent pas retarder le traitement (surtout en urgence) : calcémie, phosphatémie, magnésémie, PTH, 25(OH)-vitamine D, calciurie et créatininurie sur échantillon suffisent. Le prélèvement urinaire ne doit pas retarder le traitement.
- Hypocalcémie néonatale : mêmes explorations que chez l'adulte asymptomatique, à effectuer chez les deux parents, en priorité la mère.
Suivi biologique du traitement
La surveillance biologique permet d'adapter le traitement et de limiter les complications :
- Calcémie (à jeun) : objectif normal (enfant en croissance) ou normal bas / modérément bas (> 2 mmol/L) chez l'adulte, sans hypercalcémie. Évoquer une hypercalcémie iatrogène devant une polyurie-polydipsie chez un patient traité.
- Phosphatémie : utile en raison d'une possible association aux calcifications (insuffisance rénale, néphrocalcinose) ; objectif normal / normal haut.
- Créatininémie : indispensable au dépistage de l'atteinte rénale.
- Phosphatases alcalines et marqueurs du métabolisme osseux : à réserver à certains patients et aux centres de référence / compétence.
- 25(OH)-vitamine D : suivi annuel, en particulier sous traitement par PTH pour juger de l'efficacité.
- Calcitriolémie : non indispensable, sauf doute sur l'observance.
- Calciurie : à suivre (rapportée à la créatininurie concomitante) pour prévenir les complications ; elle doit rester dans les normes pour l'âge.
Traitement : principes et nouveautés
Le traitement conventionnel de l'hypoparathyroïdie chronique repose sur la supplémentation en calcium associée à un dérivé actif de la vitamine D (calcitriol ou alfacalcidol). L'objectif est de corriger l'hypocalcémie symptomatique tout en évitant l'hypercalciurie et ses complications rénales. Ce socle reste la première ligne pour la majorité des patients.
Depuis les recommandations internationales de 2022 (Second International Workshop / International Task Force), la place du traitement substitutif par PTH s'est précisée pour les patients insuffisamment contrôlés par le traitement conventionnel ou exposés à ses complications :
- La PTH recombinante humaine rhPTH(1-84) (Natpar) a constitué la première option de substitution ; sa disponibilité est toutefois devenue incertaine, le laboratoire ayant annoncé l'arrêt de sa commercialisation.
- Le palopegtériparatide (Yorvipath), promédicament à libération prolongée de la PTH(1-34), a obtenu une autorisation dans l'hypoparathyroïdie chronique de l'adulte nécessitant un traitement substitutif et non contrôlée de façon optimale par le traitement conventionnel calcium-vitamine D. En France, il a bénéficié d'un accès précoce (autorisation du 19 septembre 2024) avant d'intégrer le circuit de droit commun.
La prescription et le suivi du traitement substitutif relèvent d'un avis spécialisé (endocrinologue). Le laboratoire y contribue directement par la surveillance biologique décrite ci-dessus.
Pour aller plus loin : recommandations du Second International Workshop on Hypoparathyroidism (2022) et avis de la Haute Autorité de santé relatif à YORVIPATH (palopegtériparatide) dans l'hypoparathyroïdie chronique.
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